Le product owner et son boss

Quand on est product owner, la notion de boss est un sujet complexe.

Idéalement on a un head of product ou un directeur produit au dessus de nous pour reporter notre travail et nos résultats.

Dans la réalité, ce n’est pas toujours le cas tant la position du product owner en entreprise est délicate.

Dans ce post, je vous donne 3 typologies de boss auxquelles vous pouvez faire face selon les organisations dans lesquelles vous exercez.

Par ailleurs, je vous donne les avantages et les inconvénients de chacun d’entre eux.

Le boss idéal : L’ancien product owner

Boss idéal product owner

Votre boss comprend le role de product owner

Si vous êtes dans une organisation où tout roule et tout est bien en place, voici ce qui devrait se passer.

  • Vous faites partie de l’équipe produit
  • Idéalement vous travaillez en collaboration avec d’autres product owners.
  • Votre boss connaît le job de product owner car il en fut un lui même avant vous.
  • Vous avez des objectifs produit clairs et mesurables

Dans cette situation, à part si votre boss est un tyran OU vous faites mal votre job, la relation entre lui et vous doit être saine.

Pour bien manager, il faut comprendre ce que les autres font.

Un head of product ou directeur produit doit en principe bien connaître votre mission.

Il est normalement en mesure :

  • D’évaluer vos forces et expertises métiers pour vous donner la bonne mission.
  • De vous donner les bons outils et ressources pour bien faire votre travail

Ce type de boss est l’idéal car vous parlez le même langage.
Il est certainement passé par là avant vous et doit être en mesure de vous aiguiller quand vous faites face à des difficultés

Les avantages :

L’avantage d’avoir un boss expert est multiple :

  • Il peut vous coacher
  • Il vous donne une mission claire car c’est lui qui est en charge de la stratégie produit
  • Vous n’avez pas à gérer des pressions extérieures.

Ce dernier point est crucial.

En effet, dans les organisations sans département produit, le product owner est constamment tiraillé entre les départements métier et l’ingénierie.

Ce type d’organisation est généralement divisée en silo et le product owner doit souvent se plier en 4 pour satisfaire les demandes de tout le monde.

Avec un département produit et un directeur produit à sa tête, vous n’avez (normalement) pas besoin de jouer aux jeux politiques internes.

C’est lui qui le fait pour vous et vous dégage de pressions inutiles.

Vous pouvez faire votre job et vous concentrer sur votre mission avec votre équipe.

Les inconvénients :

Ce n’est pas forcément un inconvénient mais si votre boss est un expert, vous ne pourrez pas lui faire à l’envers.

Avec ce type de boss, vous n’allez pas pouvoir trouver d’excuses en cas d’échecs ou de difficultés si la faute repose sur vous.

Un ancien product owner devenu boss d’un département produit à souvent gagné sa place par méritocratie et son degré d’exigence est au top.

Profitez de son expertise pour absorber le plus de connaissances possibles.
Évitez de le challenger et demandez lui/elle plutôt des conseils.


Un boss de cette trempe est souvent la meilleure façon d’apprendre 2 fois plus vite et par la même occasion de préparer votre future position de Head of product.

Le boss de l’extrême : le founder

Roller coaster product owner

Pile ou face

Dans des toutes petites structures ou jeunes startups, l’organisation hiérarchique est souvent chaotique.

Même dans des entreprises très tech, le département produit n’est pas celui que l’on crée dans les premiers.

Bien souvent, vous avez d’abord, le département technique, puis vient le département Marketing ou commercial (ou les 2), puis le support et enfin (normalement) le département produit rattaché avec le département design.

J’ai eu l’opportunité de travailler dans une formidable startup avant la création du département produit puis j’ai participé à la création de ce département.

Avant que le département produit soit créé, vous avez 9 chances sur 10, que votre boss soit un des fondateurs.
Dans cette hypothèse c’est quitte ou double. Soit vous tombez sur la personne qui va vous emmenez tout en haut, soit sur la personne qui va tout vous apprendre à l’envers.

Les avantages :

Si votre boss est le fondateur, il y a de fortes chances qu’il soit à l’origine du produit original.

C’est lui qui à conçu avant vous le produit et le connaît sur le bout des doigts.
Sa casquette de founder et CPO (Chief Product Officer) vous apporte de multiples avantages.

  • Une relation privilégiée avec l‘histoire de la boîte. Vous êtes certainement le 1er product owner engagé et vous avez une histoire à construire.
  • Vous êtes au plus près des décisions stratégiques. Il n’existe pas 10 degrés de séparation entre vous et les décisionnaires.
  • Une plus grande liberté dans le choix des opportunités produits. Votre influence sur le produit va déterminer sa réussite (ou pas).  En clair, vous ne travaillerez pas sur des micro-détails mais des fonctionnalités à l’impact majeur.

Travaillez cote à cote, d’un fondateur d’une jeune startup est une opportunité incroyable qui peut changer le cours de votre carrière professionnelle.

A la suite de cette collaboration, dans le cas où elle se passe bien et que la boite décolle vous pourrez 

  • Comprendre les mécanismes et avoir les clés pour démarrer votre boîte vous-même..
  • Obtenir une promotion éclaire (vous n’imaginez pas le nombre de personnes avec le poste de VP ou directeur qui ont obtenu ce titre dans des startups en commençant avec les fondateurs).

Cependant, parfois l’histoire ne se déroule pas comme prévu et il peut y avoir aussi des surprises.

 Les inconvénients :

Quand vous acceptez un rôle de product owner dans une jeune startup et que votre boss est le fondateur, assurez vous bien de 3 choses : 

  • Est ce que mon boss est un expert où a une légitimité produit
  • Est ce que mon boss n’est pas trop attaché émotionnellement au produit
  • A t-il déjà managé 

Ces 3 points sont extrêmement importants avant d’accepter un job si vous voulez éviter un désastre. Je vous explique pourquoi en détails.

1. Mon boss n’est pas expert.

Votre boss a recruté un product owner mais il ne connaît rien au produit en général.
En gros c’est votre boss par défaut.

Si vous êtes un product owner aguerri, vous allez le capter tout de suite (surement même au moment de l’entretien).

Ecoutez bien son discours. 

Vous a t-il recruté pour apprendre, professionnaliser son équipe et élaborer une stratégie produit à vos côtés en profitant de votre expertise ou vous a t-il recruté pour réaliser les tâches qu’il ne veut pas faire lui même ?

Si c’est le 2eme cas, vous courrez au cauchemar.
Dans le cas où vous êtes plutôt junior et que vous n’avez pas remarqué ces indices avant, c’est pire.

Vous risquez de vous retrouver à faire des choses à l’envers et apprendre des process ou des principes sortis tout droit de son imagination.

Avoir un boss qui a exercé dans une équipe produit avant de créer sa boite, qui connait le recrutement, l’agilité, le management, qui est curieux et à l’écoute est capital pour évoluer.

2. Mon boss est trop attaché au produit

C’est un syndrome très courant chez les entrepreneurs.
Ils font avant tout un produit pour eux avant de faire un produit pour des clients.

Beaucoup sont convaincu que ce qu’ils imaginent est ce que le marché à réellement besoin et oublient de se confronter à la réalité

Si la boîte à malgré tout les moyens de vous recruter, c’est qu’il y a quelque chose (les fondateurs sont dans le vrai).

Malgré tout, faites attention à ne pas tomber dans le piège de la subjectivité.

Par exemple :

  • Pas de confiance dans les test A/B
  • Tout ce que vous proposez est rejeté car ça ne plaît pas aux fondateurs (c’est l’unique argument).
  • Les priorités changent tout le temps sans cohérence
  • Vous faites de longues réunions de brainstorming avec votre boss où chacune se termine par une (soi-disant) idée géniale.

Attention, travaillez avec un fondateur, c’est souvent être assis dans un train de montagnes russes.

Les humeurs, les décisions changent tout le temps. Vous devez être là pour cadrer les choses et apporter du réalisme

3. Mon boss n’a jamais managé

Enfin, vous êtes dans le cas où votre boss est juste votre n+1 car il est le fondateur mais n’a jamais managé de personnes de sa vie.

Le cas typique est que vous avec un boss de 22 ans et vous en avez 33.

Attention, je ne dis pas que l’âge est déterminant, comme on dit la valeur n’attend point le nombre des années.
Cependant, assurez-vous qu’il puisse vous manager et vous faire évoluer.

Si votre boss ne peut pas vous donner de directions, vous coacher ou vous éviter de vous tromper… vous faites du baby sitting.

Le boss à éviter : Le directeur Marketing

alerte

La cas classique

J’en ai parlé dans ce post, parfois (et même souvent), le product owner est placé côté métier.
Dans ce contexte, votre boss est le/la directeur de ce département.

Et dans 90% des cas quand le product owner est placé côté métier il travaille pour la direction marketing.

Je dois vous avouer que cette particularité est avant tout franco-française.

Pour je ne sais quelle raison, le rôle de product owner est souvent perçue comme un rôle Marketing.
J’ai 3 hypothèses pour expliquer ça :

  1. Comme on a entendu que le product owner doit être la voix des utilisateurs, on imagine qu’il est exclusivement côté marché (Marché = Market – Marketing).
    Ça a du sens, je le conçois mais le problème est que cela montre une certaine immaturité dans la structure de l’organisation.
    On créé un poste mais on n’oublie toute la partie produit attaché.
    Du coup au lieu de créer un département produit, on embauche juste un PO et on le met coté marketing, à lui de se débrouiller.

  2. La boite se met à l’agilité (ou croit s’y mettre). Avant on avait un chef de projet, maintenant on a un product owner. C’est pas le même nom mais au final c’est le même poste. Après tout il faut être tendance (ben voyons…)

  3. On recrute un product owner pour atténuer les tensions entre les départements.
    En gros, le département Marketing veut un pion qui lui permet d’influencer les développeurs et qui comprend leurs langages pour dicter la stratégie produit et marketing.
    Dans ce cas, le product owner est le jouet d’un jeu politique dans l’organisation (l’horreur).

Les avantages :

A vrai dire, je n’en ai pas vraiment trouvé de convaincantes.

En étant optimiste, je dirais que le product owner peut être la clé pour libérer les tensions entre 2 mondes et faire comprendre au directeur marketing l’importance de monter une équipe produit.

Concernant votre boss, si vous êtes passionné des données marché et des analytiques, vous êtes normalement en pole position pour accéder à des informations clés.

Profitez-en pour apprendre le plus de données possibles sur les utilisateurs.
Mêlez vous aux réunions sur les stratégies d’acquisitions, de conversion.

Établissez des KPIs pour construire des fonctionnalités ayant de l’impact.

Faites de votre boss un puit de savoir pour accentuer vos connaissances métier et faites en un allié puissant pour comprendre les priorités produit.

Les inconvénients :

Là je pense que la liste peut être longue comme le bras.
Je vais essayer de résumer et faire court.

  • Votre boss à peu de chance de comprendre votre rôle et vous guider. Il se peut qu’il ne vous utilise que pour servir les intérêts de son service.
  • Il vous demande que des résultats court terme et ne comprendra pas les problèmes de dettes technique.
  • Les fonctionnalités ne seront axées que d’un point vue ROI et pas performance.
  • Il vous fournira lui même un cahier des charges que vous devez respecter à la lettre.
  • Vous travaillerez en mode projet plutôt qu’en mode de livraison continue.

Bref, les risques de manque d’alignement peuvent être nombreux et vous amener à devenir une sorte de chef de projet / product owner.

Toute les expériences sont bonnes à prendre mais ne courez pas le risque de vous enfermer dans un monde qui n’est pas le votre.

Le product owner et son boss, une relation compliquée ?

Boss relation difficile

J’en ai terminé pour les 3 types de boss selon les organisations (il y en a plus mais j’ai décidé de lister les 3 plus fréquents).

Il y a évidemment des configurations idéales et des types de boss idéaux lorsque l’on exerce le métier de product owner.

Néanmoins, quelque soit la configuration, avoir un boss bienveillant accentue toujours positivement votre relation au travail et votre attachement à l’entreprise.

Mieux vaut avoir un boss qui ne connaît rien à ce que vous faites mais qui est à l’écoute pour vous faire avancer et mettre en place les choses proprement.

Cependant, je mettrai juste un bémol à ce que je viens de dire.

Si vous faites face à un type de boss plutôt tyran mais extraordinairement expert et bon dans ce qu’il fait, il peut s’agir d’une expérience bonne à prendre malgré tout comparativement au fait d’avoir un boss cool mais ignorant.

En effet, dans cette situation, si vous pouvez supporter la pression, être au côté d’une pointure peut vraiment faire accélérer vos connaissances et vous amener à un autre niveau.

Evidemment, une fois que vous aurez tout absorbé ou si vous êtes déjà un expert aguerri, sortez de ce piège le plus vite possible.

Souvenez vous, votre boss doit vous permettre de vous amener plus haut dans votre carrière de product owner.

S’il ne vous sublime pas par ses actions, son comportement ou ses connaissances, vous n’apprendrez rien et regresserez.

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